Histoire et origine du métier de récupérateur

Jeter a toujours été un geste quotidien pour les êtres humains. Le déchet, l'objet ou le résidus que l'on jette car ne pouvant pas ou plus servir, est le produit inévitable de tout cycle de vie et de consommation.

 
On cite l'apparition de la récupération lors de l'occupation de la Gaule par les Romains, 100 ans avant JC, avec pour preuves les dépôts d'objets en bronze mis à jour dans les régions entourant le Rhône.
Saint Martin, soldat chrétien de l'armée Romaine en garnison à Amiens, n'avait pas hésité à lacérer son solide manteau pour en tirer plusieurs morceaux d'étoffe destinés à réchauffer des pauvres mendiants transis de froid. Il en est devenu le patron des Effilocheurs. 
Napoléon également fit refondre 1200 canons pris à Austerlitz pour élever la colonne Vendôme à Paris, à la mémoire de la Grande Armée.
 

 

 

Depuis toujours, l'imagination pour trouver une utilisation nouvelle à un objet ou une matière rejetés, a été la qualité première de ceux que l'on appelle maintenant les "récupérateurs".
 
Les vrais professionnels sont formellement reconnus à partir de 1292. On trouve d'ailleurs la trace des premiers chiffonniers parisiens dans le Dictionnaire Historique des Arts et Métiers exercés depuis le XIIIème siècle, de A. Franklin. Au cours des siècles suivants, les chiffonniers, les crieurs de vieux fers, ou les dépeceurs de carrosses se regroupaient en communautés, puis en corporations. Nos ancêtres récupérateurs ont depuis toujours revendiqués le désir d'organiser le métier.  

Le produit qui fut sûrement à la base du métier est le chiffon. La friperie en était le débouché le plus connu, mais son utilisation industrielle était le fabrication du papier. Avant l'invention de la technique de fabrication à base de cellulose extraite des arbres, le chiffon de coton était l'unique matière première de tous les papiers.
Vers la fin du Second Empire, la mise au point d'une nouvelle machine, l'effilocheuse, transforma et élargit la production du fil et du tissu cardé à partir du textile récupéré. La matière travaillée était essentiellement le chiffon de laine, dont on tirait un fil un peu épais, mais qui permit à des générations de s'habiller. Ainsi, de la fin du XIXème siècle jusqu'à la guerre de 14-18, deux activités industrielles de base, la papeterie et le textile, utilisaient comme matière première, parfois unique, le chiffon.
Tout se récupère... ou s'est récupéré !
Voici quelques matières diverses que les temps ont peu à peu fait disparaître car leur utilisation ne se justifiait plus ou étaient remplacées par une matière synthétique:
Les cornes d'animaux (photo ci-contre) étaient récupérées, puis réutilisées comme "tape-terre" sur les cannes, les soies de porc et les crins faisaient les brosses, les lies de vin et les os qui donnaient une excellente colle, les vieux cordages effilochés servaient de rembourrage dans les fauteuils, et même les crottes de chien (ou "fèces") qui étaient soigneusement ramassées puis utilisées en mégisserie, avec des jaunes d'œufs et de la farine, pour travailler et nourrir les peaux employées pour la ganterie.    
Pendant longtemps, l'utilisation de vieux fers fut principalement le réemploi. Le développement industriel de la fabrication du fer et de l'acier, au XIXème siècle, se fit sur le principe de la réduction du minerai de fer avec du coke, matières premières abondantes à l'époque en Europe. Les ferrailles étaient considérées comme un appoint souvent important, mais sans grande nécessité de préparation.
La grande nouveauté fut, entre les deux guerres, l'élaboration des aciers spéciaux par des fours électriques. Ceux-ci utilisent comme matière principale, voire unique, les ferrailles de récupération. Ceci exigea alors une collecte, des connaissances techniques, et une adaptation des moyens de tri et de préparation. La ferraille est devenue une matière première, un minerai à fleur de sol, déjà extrait, fondu et purifié. Le négoce de ferrailles est passé d'une activité de main d'œuvre à une industrie d'investissements lourds et coûteux pour pouvoir livrer aux usines consommatrices des qualités de ferrailles répondant mieux à leurs exigences. 
Malgré les progrès techniques, la vie sans un seul bout de papier n'est pas envisageable dans notre société moderne. Mais le papier neuf deviendra du vieux papier dès l'instant où nous l'aurons utilisé.  Le vieux papier contient toujours des fibres cellulosiques que l'industrie papetière sait très bien transformer. La collecte des vieux papiers a depuis quelques années subi une transformation radicale: les chineurs (photo ci-contre), les associations, les petits ramasseurs n'y trouvent plus aucune motivation économique, et ce sont les collectivités et les industriels qui prennent le relais. De nos jours, la récupération des vieux papiers nécessite des installations importantes pour le tri, la manutention, le stockage et le transport, et les investissements en matériel de traitement sont dignes de l'industrie lourde.   

Les photos et extraits de texte utilisés dans cette rubrique proviennent du livre "Souvenir de "chine" ou la Mémoire de la récupération", édité par Aiderec et commercialisé par Fédérec, 101 rue de Prony, 75017 PARIS.