- La scène est un peu surréaliste.
Pierrot, Etienne, Michel, Robert et les autres - ils sont une
trentaine - s'agitent autour d'une montagne de ferraille : carcasses
d'appareils ménagers, ordinateurs usagés, barres de fer, câbles, vieux
sommiers, poussettes déglinguées, roues de vélos... Les mains
protégées par des gants, munis de leur boîte à outils, ils fouillent
consciencieusement le tas de déchets.
Les premiers arrivés ont mis la main sur les chariots de supermarché
et les brouettes mis à disposition par le recycleur, pour transporter
« leurs trésors ». « Ici, on nous appelle les touristes », lance
Pierrot, barbe poivre et sel, chapeau tyrolien sur la tête, habitué du
lieu depuis 30 ans. Sa moisson du jour : une roue de charrette dont il
veut récupérer le pneu, un vieux moulin à légumes, un interrupteur
double. « Il n'a jamais servi ; le prix figure encore dessus : 68 F ».
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- «Ici, on nous
appelle les "touristes" »
- Dans la brouette de Marc, un ancien
poste de radio qu'il compte démonter pour en étudier les entrailles,
et trois vieux magnétoscopes réparables à priori. Electronicien, il
fréquente le site pour se faire la main et pour le plaisir de
bricoler. « Souvent, je trouve des choses en bon état, comme des
serrures de portes, des pièces de machines à laver, que vous payez
très cher dans le commerce ».
Les chineurs de métaux sont des habitués. Chacun a sa spécialité.
« Lui, c'est le matériel électrique ; lui, c'est l'optique ; lui
collectionne les pièces rares. Moi, je suis spécialiste de l'inox.
D'ailleurs, c'est mon surnom ici », raconte Lucien, un retraité des
mines. Prof de technologie dans le civil, Patrice pousse un chariot
plein de matériel électronique. « A l'école, cela me permet de faire
du neuf avec du vieux, de doper la mémoire des PC ou la capacité des
disques durs. A 50 centimes le kilo, ça vaut le coup ». Aujourd'hui,
la chance lui sourit. Il est tombé sur un lecteur MP3 auquel il manque
juste l'alimentation.
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- « Je fais partie
des hamsters, j'emmagasine »
- L'ère du jetable fait le bonheur des
bricoleurs. « Je viens chercher ici tout ce qu'on ne trouve pas dans
le commerce ». Etienne récupère les vieux appareils électriques.
« J'ai déjà 20 perceuses. Je fais partie des hamsters, j'emmagasine ».
Autour du tas de ferraille, se côtoient des mondes différents. Les
barrières sociales tombent, le temps d'une trouvaille. Ici,
l'ingénieur croise le chômeur de longue durée, le cabas chargé d'un
bric-à-brac où se mêlent des outils, une fontaine à café « toute
neuve » et des sardines de tente. « Il y a même des intellectuels, des
artistes qui viennent chercher de la matière pour Recycl'Art ».
Tous les habitués connaissent Robert, le scientifique du groupe. Ce
retraité colmarien, féru d'instruments d'optique, extrait à la pince,
des lasers, miroirs, diodes des carcasses d'appareil hi-fi. Des
composants qu'il explique et expose lors de manifestations
didactiques, comme la Fête de la science. « Ici, c'est une mine »,
s'extasie Robert.
Un arrivage ! Tout le monde se précipite pour le déchargement de la
benne en provenance d'une déchetterie, histoire de repérer les pièces
les plus intéressantes. Michel, fébrile, entame le désossage d'une
armoire électrique.
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- « C'est la jungle»
- « Je stocke pour réutiliser. Le
vendredi après-midi, je suis là. Une vraie maladie. C'est le seul
endroit où on a encore le droit de venir récupérer », confie ce
bricoleur de la région mulhousienne. Un des habitués assure que cette
décharge de métaux, c'est « la jungle où chacun se bat pour sa
recherche et qu'il faut garder l'oeil sur son chariot ». « Quand on
rentre sans rien, on est frustré », soupire Pierrot, le collectionneur
de pièces rares.